Avant 2019, préparer sa retraite par capitalisation impliquait de jongler entre des enveloppes cloisonnées : PERP pour les particuliers, contrat Madelin pour les TNS, PERCO dans l’entreprise, article 83 pour certains cadres. La loi PACTE a mis fin à cette fragmentation en créant un cadre unique, le Plan d’Épargne Retraite, décliné en trois variantes selon le contexte (individuel, collectif, obligatoire), mais régi par des règles communes de fonctionnement et de sortie.
Le résultat concret pour l’épargnant : plus de portabilité, une vraie souplesse à la sortie, et des avantages fiscaux clarifiés. Pour le dirigeant ou le TNS, c’est aussi la fin de la contrainte de versements réguliers imposée par le Madelin, une liberté bienvenue dans des revenus souvent variables.
Les trois déclinaisons du PER
Le PER Individuel (PERin)
Successeur du PERP et du contrat Madelin, le PERin est accessible à toute personne physique, quel que soit son statut professionnel. C’est l’outil de référence pour les travailleurs non-salariés (TNS), les professions libérales, les dirigeants et tous les particuliers qui souhaitent préparer leur retraite en dehors du cadre de l’entreprise.
Son principe central : les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable l’année de leur réalisation, dans les limites fixées par la loi. Pour un TNS, le plafond combine 10 % du bénéfice imposable (dans la limite de 8 fois le PASS) et 15 % sur la fraction du bénéfice entre 1 et 8 PASS, soit un plafond maximal de déduction de 87 135 € en 2025. À une TMI de 45 %, l’effort réel d’épargne est réduit de moitié par l’économie d’impôt générée.
Les versements sont libres en montant et en fréquence (rupture nette avec le Madelin qui imposait une certaine régularité). Cette souplesse est particulièrement adaptée aux revenus variables.
Le PER Collectif (PERco / PERECO)
Successeur du PERCO, le PER Collectif est mis en place au niveau de l’entreprise et s’adresse à l’ensemble des salariés, y compris, sous conditions, aux dirigeants assimilés salariés. Il constitue le volet « retraite » de l’épargne salariale : à la différence du PEE dont les fonds sont bloqués cinq ans, le PER Collectif oriente l’épargne vers l’horizon retraite avec un blocage de principe jusqu’à la liquidation des droits.
Il peut être alimenté par la participation aux bénéfices, les primes d’intéressement, les versements volontaires du salarié, les droits issus d’un Compte Épargne Temps (CET) et l’abondement de l’employeur. Ce dernier constitue un levier puissant : exonéré de cotisations sociales pour l’entreprise (hors CSG/CRDS et forfait social) et de charges sociales et d’IR pour le salarié, dans les limites légales.
La gestion est pilotée par défaut : dynamique en phase de capitalisation, progressivement sécurisée à l’approche de la retraite. Un salarié qui ne s’implique pas dans les choix financiers bénéficie automatiquement d’une trajectoire d’investissement cohérente avec son horizon.
Le PER Obligatoire (PERO)
Successeur des contrats « article 83 », le PERO est mis en place par l’entreprise pour une catégorie définie de salariés, souvent les cadres dirigeants, avec des versements obligatoires de l’employeur et parfois du salarié. Son caractère contraignant le distingue des deux autres déclinaisons. Il est moins fréquent mais peut constituer, pour les dirigeants d’ETI ou de grandes PME, un pilier important de la rémunération différée.
Ce que la loi PACTE a vraiment changé
Au-delà de la simplification du paysage, trois innovations concrètes méritent d’être soulignées :
La sortie en capital, enfin possible
Avec le PERP, la sortie était quasi exclusivement en rente viagère. Avec le Madelin, la rente était obligatoire. Le PER autorise désormais une sortie en capital (en une ou plusieurs fois), en rente, ou en combinaison des deux. C’est une liberté fondamentale : l’épargnant choisit la modalité de distribution la plus adaptée à sa situation au moment de la retraite, et non au moment de la souscription.
La portabilité totale
L’épargne accumulée sur un PER peut être transférée vers n’importe quel autre PER, quelle que soit sa catégorie : d’un PERin vers un PER Collectif, d’un PER d’entreprise vers un PERin en cas de départ de l’entreprise. Cette portabilité garantit la continuité de l’épargne tout au long d’un parcours professionnel, y compris en cas de transition entre statut salarié et TNS.
Le déblocage anticipé pour la résidence principale
En dehors des cas classiques de force majeure (décès, invalidité, surendettement, expiration des droits au chômage), le PER autorise un déblocage anticipé pour financer l’acquisition de la résidence principale. C’est une souplesse inédite dans l’épargne retraite, qui peut rendre le PER plus attractif pour les profils qui hésitaient précédemment à bloquer des fonds sur un horizon aussi long.
Les points de vigilance à anticiper
Le PER présente des avantages réels, mais deux points méritent une attention particulière avant de souscrire ou d’arbitrer les versements.
La fiscalité à la sortie
Si les versements ont été déduits du revenu imposable à l’entrée, la sortie en capital est soumise à l’impôt sur le revenu au barème progressif sur la part correspondant aux versements, et au PFU (30 %) sur les plus-values. La sortie en rente est imposée comme une pension de retraite. L’avantage fiscal à l’entrée se transforme donc en imposition différée, ce qui reste pertinent si la TMI à la retraite est inférieure à celle pendant la phase d’accumulation, mais doit être calculée avec précision selon chaque situation.
Une alternative existe : renoncer à la déduction fiscale à l’entrée, ce qui permet une sortie en capital exonérée d’IR (seuls les gains restent imposables au PFU). Cette option est pertinente pour les profils dont la TMI n’est pas significativement élevée pendant l’activité.
Le choix des supports
Le PER, comme l’assurance-vie, donne accès à un large univers d’investissement : fonds euros, unités de compte actions, obligataires, immobilier, private equity. La gestion pilotée par défaut est une sécurité, pas une optimisation. Un accompagnement professionnel permet de construire une allocation cohérente avec le profil de risque, l’horizon réel et les autres enveloppes du patrimoine, pour éviter notamment les doublons ou les sous-expositions involontaires.
Notre approche
Le PER ne s’analyse pas seul. Son intérêt dépend de votre TMI actuelle, de votre situation professionnelle (salarié, TNS, dirigeant), de l’horizon de retraite envisagé et de la composition de votre patrimoine global. Un versement massif sur un PERin peut être très pertinent à 45 % de TMI et peu intéressant à 11 %.
Nous structurons avec vous la stratégie de versements, arbitrons entre déduction ou pas selon votre trajectoire fiscale et assurons le suivi de l’allocation dans la durée. Le PER est un outil puissant à condition d’être utilisé avec discernement.